Les essentiels d'Alan :<br>Ponyo sur la falaise

Les essentiels d'Alan :
Ponyo sur la falaise

De son vrai nom Mamoru Fujisawa, Joe Hisaishi fait partie de ces rares compositeurs japonais à avoir acquis une immense popularité hors de l’archipel (un club très fermé dans lequel on inclura Ryuichi Sakamoto, Toru Takemitsu et Kenji Kawai). Cet écho à l’international, il le doit autant à son esprit d’ouverture (ses influences courent du minimalisme contemporain à la musique classique européenne en passant par l’électronique expérimentale) qu’à une certaine forme de traditionalisme et de rigorisme typiquement nippon.

Ainsi, les mélodies de ce génie, entre humour bon enfant et nostalgie douce, expriment sans retenue et sans artifices l’immense profondeur de la pensée orientale dans un langage que toutes et tous peuvent assimiler instinctivement. Un talent qui sied à merveille aux œuvres d’Hayao Miyazaki, parfaits exemples de contes universels qui ne tentent jamais de renier leur profond enracinement dans la culture japonaise.

Un feu d’artifice de couleurs et de sensations

Si la collaboration entre Hisaishi et Miyazaki n’a jamais déçu, les chefs d’œuvres succédant aux chefs d’œuvres, Ponyo sur la falaise en constitue manifestement l’apothéose, tant stylistique que thématique. Un feu d’artifice de couleurs et de sensations. Une œuvre somme et une promesse à la fois, soit précisément ce que Miyazaki a voulu faire de son histoire de poisson se transformant en petite fille espiègle au contact d’un gamin débrouillard.

Rivalisant avec l’opulence esthétique dont Miyazaki use pour dépeindre de merveilleux fonds marins, Hisaishi laisse libre cours à un faste orchestral qui évoque à la fois Strauss et Wagner (le tumultueux et virtuose « Nami no sakana no Ponyo/Ponyo of the fish of the wave »), prend parfois des airs d’opéra italien (« Umi no Okasan/Mother of the Sea », porté par le timbre de diva de la belle Masako Hayashi) avant de conclure sur une comptine bondissante et régressive (« Gake no ue no Ponyo », carton dans les charts japonais auquel l’adorable Nozomi Ôhashi – huit ans à l’époque ! – apporte une fraîcheur et une innocence incroyable). L’exercice de style est flamboyant (presque éreintant même) mais jamais vain, traduisant des notions d’héritage, de courage, d’écologie, de respect et d’amour comme peu de musiques de films auparavant. Domo arigato gozaimasu, Senseï. A.W

Pour compléter la collection : Tout aussi importante, la collaboration entre Joe Hisaishi et l’iconoclaste Beat Takeshi Kitano a fait l’objet d’un très recommandable best of intitulé Joe Hisaishi meets Kitano Films édité par Polydor. Et pour revenir à Ghibli et Miyazaki, n’hésitez pas investir dans le double dvd (ou mieux encore, le blu-ray) du concert des 25 ans de carrière du musicien dans la mythique salle du Budokan (In Budokan-Miazaki Anime to Tomoni). Un vrai délice.

L’édition qu’il vous fautPonyo on the Cliff By the Sea (original soundtrack), édité au Japon (import) par Tokuma Japan Communications.