Critiques

JusticeLeague
L’effaceur


2,0
Par Hubert Charrier 30/11/2017

On peut reprocher… oh ! Dieu ! …bien des choses en somme. Oui, à défaut de l’opulent appendice de Cyrano, Hans Zimmer a parfois la main lourde et ankylosée, les années n’allégeant pas le style. Dans son travail sur le DC universe, malgré des maladresses, le compositeur est parvenu à souligner la vision de Zach Snyder, notamment l’aspect christique de l’homme d’acier, personnage central dans l’esprit du réalisateur. Mais, las de travailler pour les héros en collants, Zimmer annonçait, dans la foulée de la sortie de Batman V Superman, son retrait du genre, laissant donc un boulevard à son protégé, Tom Holkenborg, pour le très attendu Justice League.

Controversé, Tom Holkenborg aka Junkie XL, semble avoir toute la confiance de Zach Snyder et promet une bande originale dans la continuité de son maître. Tout va vite tourner au vinaigre, en mai dernier, suite à l’annonce de l’abandon du projet par le réalisateur, quelques jours après la mort brutale de sa fille. De nombreux reshoots sont encore à prévoir, le montage est loin d’être terminé et la production valide le pire choix possible pour remplacer Snyder. À mille lieues de l’esprit insufflé jusque-là au DCU, c’est Joss Whedon, papa des Avengers, qui se retrouve aux commandes du navire. Bye Bye Holkenborg, jeté aux requins, place à Danny Elfman, compositeur culte, qui, d’un coup de balai, décide d’abandonner tout l’édifice construit pour Man of Steel et Batman V Superman. Pour le meilleur ?

Déconstruction massive

L’interview accordée à Billboard fin septembre ne laissait rien augurer de bon. Une vidéo parue quelques semaines plus tard enfonçait clairement le clou. Pour qui lit entre les lignes, Elfman annonçait, à travers ces deux entretiens, qu’il souhaitait renouer avec le passé et délaisser autant que faire se peut, la direction prise par Snyder et l’équipe de Remote. Si le superbe des thèmes du Superman de Donner et du Batman de Burton ne sont plus à démontrer, cela pose tout de même un problème de fond, de cohérence et de démarche. Retiré de tout contexte, le score d’Elfman se tient pourtant, sans jamais, avouons-le, transcender non plus. Un album sans inspiration, avec pour seule réjouissance, le thème de cette ligue de héros à la sauce Avengers, entendu dès l’ouverture et le bien faiblard The Story of Steppenwolf, aussi enthousiasmant qu’un sermon matinal, un dimanche d’automne.

Le cœur n’y est pas. Tapant dans ses vieux pots, on retrouve, comme prévu, du Batman (Then There were Three, The Tunnel Fight, The Final Battle) et surtout étrangement des sérieux relents de Hulk (The Amazon Mother Box, Spark of the Flash). Doigt d’honneur ultime à Zimmer, le thème de Man of Steel part faire un voyage dans la Zone Fantôme et laisse place à de chiches citations de Williams notamment dans les première secondes de Friends and Foes. Faute d’égo ? Faute de temps ? Elfman prouve par intermittence qu’il avait cependant mieux à dire. Batman on the Roof en est le meilleur exemple, le morceau accompagnant d’une jolie manière la scène la plus convaincante, dans les premières minutes du film, avec une entrée glaçante et un ton alerte, parfaitement en phase avec son protagoniste. À qui devons-nous la paternité du passage ? Difficile de le certifier, mais c’est assurément un des plus proches de la vision de Snyder.

En plaçant Whedon aux manettes et Danny Elfman à la baguette, DC lance un chantier de déconstruction massif, à grand renfort de dynamite. Face aux succès de la concurrence, on ne pouvait que prévoir un virage dans l’approche de l’univers, mais le coup de volant est sec, bien trop sec. Dans cet accident, difficile de ne pas reprocher au compositeur ses choix, imposés ou non mais renforcés par des déclarations maladroites, parfois presque inélégantes. En piochant un peu dans l’héritage de Williams et surtout généreusement dans sa filmographie, Elfman est au diapason de ce Justice League. Hors sujet.

Justice League, un album à retrouver en  physique chez WaterTower Music.