Critiques

StarTrekBeyond
Versl’infiniet
audelà?


4,0
Par Hubert Charrier 27/08/2016

Voir le roi du tuning et des bas de caisse mettre ses mains dans le camboui du sacro-saint Star Trek, n’avait pas de quoi apaiser les doutes de nombreux fans. Après avoir redressé la saga Fast & Furious, Justin Lin n’hésitait d’ailleurs pas à adoucir la meute dubitative à grands coups de « J’ai grandi avec la série » dans la gueule. Bien loin de ses préoccupations somme toute terre à terre, les béophiles se sentaient, eux, en de bonnes mains puisqu’après deux premiers scores de haute facture, le demi-dieu Giacchino reprenait du service.

Aux commandes de l’Enterprise depuis 2009, le compositeur a la lourde tâche de se succéder et de clôturer une trinité entamée avec Star Trek et Star Trek Into Darkness. Le défi n’est pas mince, puisque cette fois, c’est sans J.J Abrams, exilé sur une galaxie lointaine, qu’il faudra compter. On le sait, entre ces deux vieux complices, la symbiose est parfaite et rien n’assure qu’un tel équilibre puisse être retrouvé.

Beyond, Star Trek molle...

Le doute plane donc sur Star Trek Beyond et c’est pensif et lasse que nous retrouvons cap’taine Kirk, après une infructueuse mission de conciliation. Déjà trois ans qu’il vogue à travers l’espace et le voilà noyé dans cette immensité au son de Thank your Lucky Star, morceau qui ouvre admirablement le bal. La reprise au piano du thème principal, simple et subtile, établit le caractère voulu introspectif de ce nouveau voyage, guidée par la réflexion d’un Kirk en perdition. Il faut reconnaître qu’à l’image du film, les premières minutes sont très réussies. Night in the Yorktown, sous ses voiles intimistes est une majestueuse immersion dans la station Yorktown quand The Dance of The Nebula, rappelle, par son style ample et mystérieux, les plus belles heures de John Barry. De quoi aiguiser sérieusement l’appétit.

Pourtant le soufflet, s’il ne retombe pas, ne monte jamais totalement, stoppé dans sa course par des pistes moins emballantes. C’est dans l’émotion que Giacchino déploie tout son génie et Justin Lin ne s’y attarde que rarement, privilégiant des scènes d’actions souvent illisibles et foutraques. Comme le spectateur, le compositeur semble parfois s’y perdre, à grand renfort de cuivres et de percussions (Motorcycle of Reliefs, Mocking Jaylah). Au rayon des contrariétés, difficile de passer sous silence l’absence d’un réel thème, fort et puissant, pour Krall, vilaine charogne de ce nouvel opus. Un manque qui prive l’album d’un fil conducteur plus solide.

Mais ne vous y trompez pas, Star Trek Beyond reste un score de tout premier ordre alternant morceaux haletants (Crash Decisions) et variations délicates (Franklin my dear). Giacchino a peu d’égal dans sa génération et continue de se dresser comme le fier héritier de la musique orchestrale Hollywoodienne. On aurait juste souhaité un peu plus d’audace et de finesse. Que voulez-vous, l’excellence appelle l’exigence.

Star Trek Beyond, une bande originale à retrouver sur notre radio et sur le label Varèse Sarabande