Critiques

TombRaider
Junk-food?


2,0
Par Hubert Charrier 14/11/2018

Punaisée sur la porte d’une chambre, un Desert Eagle dans chaque main, la poitrine abondante, voici le fantasme supposé d'une génération, Lara Croft. En 2013, le studio Crystal Dynamics dépoussière le mythe et offre au passage une drastique mammoplastie à son héroïne.

Sobrement intitulé Tomb Raider, le reboot de la saga amorce un virage plus sombre et réaliste, laissant le joueur aux prises avec une aventurière fragile et malmenée, loin de la bimbo décomplexée des débuts. De cette origin story vidéoludique, le norvégien Roar Uthaug tire un film et offre au passage à Alicia Vikander, un costume taillé sur mesure, façonné par plusieurs mois d’une préparation physique intense. Particulièrement convaincante, l’actrice sauve cet édifice fragile, au scénario lisible, servi par la musique tonitruante et désormais familière de Tom Holkenborg. Après la parenthèse Brimstone, le Néerlandais retrouve ici un terrain plus familier, propre à accueillir sans broncher, cet épais travail percussif, marque de fabrique déposée.

Sur place ou à emporter?

Oui, Tom Holkenborg représente parfois tout ce qui nous horripile dans la musique de film. Le soi-disant fameux style “Remote”, de la composition prêt-à-porter et du bruit surtout, beaucoup de bruit. Pourtant, en s’y penchant avec un chouïa de bonne foi, tout n’est pas à jeter. Hormis le cas particulier Mad Max Fury Road, Junkie XL a prouvé, à plusieurs reprises, qu’il pouvait injecter, dans ces grands blocs préfabriqués, des idées musicales simples, certes, mais puissantes et efficaces. C’était véritablement le cas sur Divergente, un de ses meilleurs scores, ça l’est, dans une moindre mesure, sur le récent The Dark Tower (écoutez donc l’énergique Roland of Eld !).

Alors quelle sauce pour ce Tomb Raider ? Sauce Samouraï me répondrez-vous, nous voilà embarqué au Japon, dans le royaume de Yamatai, en plein cœur de la mer du diable. Si l’on aime un tant soi peu le genre, et qu’on ose surtout se l’avouer, tout commence plutôt bien. Return to Croft Manor, copieuse entrée de huit minutes, tisse déjà une certaine dramaturgie en dévoilant le thème des Croft, très proche d’un autre, entraperçu en fin de piste, celui de Lara. Cette proximité à une logique. La recherche du père forge le caractère d’une héroïne, qui n’embrassera sa destinée qu’à la toute fin du film. Un parcours initiatique classique qui permet au compositeur de mêler les deux entités, ne citant que partiellement le thème de Lara (Seeking Endurance, Never Give Up), créant ainsi l’attente d’un dénouement mélodique.

Avant Becoming Tomb Raider, le dénouement en question, le parcours est bien long. Les passages autour du père ne manquent pas d’intérêt (Path of Paternal Secrets, There’s No Time) mais restent trop pauvres, pour renouveler cette grosse heure d’écoute. Boulet de l’album, Let Yamatai Have Her, synthétise tout ce que l’on exècre. Paresseux, reprenant des bouts de Mad Max Fury Road, le morceau est beaucoup trop confus et assommant pour y trouver un quelconque plaisir, malgré de bonnes intentions. En manipulant les cris d’animaux, en confectionnant des instruments percussifs spécifiquement pour le film, Holkenborg tenait sans aucun doute le début de pistes intéressantes. Malheureusement, elles sont vite annihilées par l’intempestif brouhaha ambiant. Que reste t-il donc après tout ça? Un petit mal de tête, c’est sûr, mais l’impression aussi, qu’on y reviendra peut-être. Pas tout de suite. Pas pour le menu XL.

Tomb Raider, bande originale à retrouver en physique chez Sony Classical