Critiques

Welcome
toMarwen
Échappéebelle


4,5
Par Hubert Charrier 16/08/2019

Artisan de talent, amoureux des défis, Robert Zemeckis devrait, à minima, retenir l’attention des plus tièdes cinéphiles. Si les projets ne sont pas forcément réussis, certains sont même franchement ratés, tous ont le mérite d’expérimenter, dans un royaume où la franchise grasse et codifiée fait loi.

Dernière audace en date, Welcome to Marwen nous invite dans le quotidien mouvementé de Mark Hogancamp qui, suite à une violente agression, trouve refuge dans le village imaginaire de Marwen. Jouant sans cesse entre l’imaginaire et la réalité, effaçant les frontières grâce à un travail d’animation admirable, multipliant les transitions avec une réelle virtuosité, Robert Zemeckis compte comme toujours sur son compère Alan Silvestri pour nous plonger dans cette échappatoire. Poupées badass, nazis à gogo, jonglant entre l’intime et le spectaculaire, le duo renoue avec la candeur d’antan, insaisissable ingrédient de leurs plus belles collaborations.

Hogie et ses drôles de dames

Film biographique et œuvre cathartique, Welcome to Marwen raconte, à travers le personnage de Mark Hogancamp, un réalisateur et ses obsessions. Le pouvoir de l’imagination, entre thérapie et faux-fuyant, le rapport douloureux au réel, les amours fantasmés, des thématiques abordées régulièrement dans la filmographie de Zemeckis, mais jamais peut-être de manière si personnelle. Dès l’ouverture, cette proximité nourrit le score de Silvestri. Une harpe, un son cristallin, le compositeur aborde les contrées imaginaires de Marwen avant d’introduire par une marche le Capitaine Hogie, alter ego de PVC, perdu dans un ciel pétaradant. Les deux versants du score sont déjà posés.

La Grande Évasion, Les canons de Navarone, Le jour le plus long, de Bernstein à Tiomkin, l’album s’inscrit largement dans le film de guerre héroïque et spectaculaire, renforçant le vocabulaire militaire, laissant la part belle aux percussions, caisse claire en tête, mais aussi aux cors et trompettes (You are Saved, New Girl in Town, Rise and Shine ou l’excellent Hogie vs Meyer). Des compagnons types pour illustrer la lutte armée et délirante contre ces SS chimériques. Pourtant, c’est bien la lutte intérieure de notre personnage qui donne à la musique toute son épaisseur. Entre espoir, tendresse et peur, Alan Silvestri apporte du relief à son propos, soulignant avec brio les émotions d’Hogancamp. La poupée maléfique et magique Deja Thoris (Magic, Never Love You the Way I Do), la voisine amicale Nicole (Beautiful Moon), les drôles de dames (Goodnight Girls), la galerie est assez complète pour offrir un score équilibré et puissant.

Puissant, le mot n’est pas galvaudé, la thématique travaillée accroche instantanément. Quelque part entre la mélancolie d’un Forrest Gump et le dynamisme d’un Retour vers le Futur, Welcome to Marwen symbolise à lui seul tout le génie et la sincérité du duo Zemeckis/Silvestri. Sans tomber dans la facilité et la nostalgie tapageuse, la bande originale dégage des parfums réjouissants et exaltants. Un incontournable cette année.

Welcome to Marwen, une bande originale d’Alan Silvestri, à retrouver sur toutes les plateformes et sur La Grande Évasion.