Critiques

WonderWoman
MauvaiseCopine


1,5
Par Hubert Charrier 21/07/2017

Après deux films pour le moins fragiles et un Suicide Squad absolument raté, Patty Jenkins a fort à faire pour dissiper l’incertitude flottant autour du vaisseau D.C. Équipée de saillants cache-tétons et d’élégantes bottines, c’est pourtant cul nu que la réalisatrice part à l’assaut d’une armée de sceptiques, avide de fouets et de cuir. Wonder Woman, suicide orgiaque ou rédemptrice mission ? Dans cette galère, le frère Gregson-Williams (Rupert donc), discret faiseur, a peut-être une carte à jouer.

La première apparition de Wonder Woman, dans Batman V Superman, n’avait laissé personne de marbre, surtout pas les béophiles, particulièrement divisés sur la question. Pour la belle amazone, un thème au violoncelle électrique, fendant l’air telle une épée, agressif et acide, provocateur mais instantanément iconique. Derrière ce coup de griffe, ces quelques notes rutilantes, le tonton teuton Zimmer, jamais avare en idées. Et celle-ci peut s’avérer un poil encombrante, reste à savoir ce qu’en fera Rupert.

Peine-à-jouir

D’emblée, le compositeur choisi avec malice d’amorcer l’album par les quatre premières notes du fameux thème, ici à contre-emploi, tout en douceur. Une façon de se démarquer de la saillie initiale et d’affirmer clairement son intention sur son utilisation : point trop n’en faut. Après tout, Wonder Woman n’existe pas encore, c’est l’éclosion de la princesse que nous suivons. Si Amazons of Themiscira et History Lesson ne manquent pas de savoir-faire, ils pêchent sérieusement en longueur et demeurent une laborieuse mise en bouche. C’est d’Angel on The Wing qu’émerge enfin une mélodie accrocheuse. La montée en puissance, les cuivres pétants et les percussions accentuent la noblesse et la détermination de Diana et façonnent un thème assez solide pour être développé.

Très vite pourtant, Rupert Gregson-Williams s’embourbe. On évoquait la longueur des premiers morceaux, c’est en fait un défaut majeur de l’album. Sur les 15 pistes, sept s’étirent sur plus de cinq minutes. Ludendorff, Enough ! est, à ce titre, assez symptomatique. Une jolie idée en milieu d’écoute avec ce cymbalum, rappelant fortement le Sherlock Holmes de Guy Ritchie, noyé dans un ensemble parfaitement générique de plus de sept minutes. En ressort la désagréable impression d’avoir à faire à un peine-à-jouir particulièrement sadique.

L’autre problème, à l’écran encore plus qu’à l’écoute, c’est ce thème de Zimmer, comme convenu peu présent mais si fort qu’il en éclipse le reste. Si l’on fait fi de Wonder Woman’s Wrath, reprise franche, chaque citation, aussi courte et nécessaire soit-elle, semble annihiler toute volonté de s’extirper du monstre. C’est le cas de No Man’s Land, intéressant de prime abord et pourtant vite saccagé. Malgré sa bonne volonté et une application certaine, Rupert Gregson-Williams n’y arrive donc pas, Wonder Woman parle pour ne rien dire. Ce n’est d’ailleurs pas la caméra et les idées de Patty Jenkins qui lui fourniront matière à s’épanouir.  Reste Sia et le très pop To be Human pour nous sortir de cette profonde léthargie.

Wonder Woman, bande originale de Rupert Gregson-Williams à retrouver en numérique et physique chez Water Tower Music.